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1897  
UNE FIN D’ANNÉE DIFFICILE


L’appel pressant que Mère Marie-Fidèle adresse à Mgr André-Albert Blais le 26 mars 1903 est plus que justifié. Depuis quelques années, la France vit une situation de crise. Sous toutes sortes de prétextes, le Gouvernement français invente de nouveaux impôts et promulgue des lois visant à déloger petit à petit les Communautés religieuses, surtout celles qui sont au service de l’éducation.

Au début d'octobre 1897, les Soeurs de la Charité de Saint-Louis vivent un événement pénible et  significatif : la prairie de Trussac*,
  appartenant à la Congrégation,  est saisie en vertu de la trop fameuse  Loi de l’Abonnement que  «l’opinion publique condamne et flétrit.»
*
Une grande propriété servant pour les pâturages et la culture maraichère, aujourd'hui, un développement domiciliaire  de Vannes traversé par la rue Madame Molé et où se trouve le Lycée Saint-Paul.


Le journal L’ARVOR prend la défense 
des Soeurs de la Charité de Saint-Louis, 

ainsi que 

La Croix, Le Nouvelliste, Le Progrès du Morbihan.


Extrait d'un article publié le 17 octobre 1897 
conservé dans les registres du Conseil général.

L'ARVOR

(...) Si, à défaut du droit et de la justice, la bienfaisance pouvait désarmer la passion, il semble que les œuvres de charité exercées par la Congrégation de St-Louis 
aurait dû empêcher une pareille iniquité. 

BRETAGNE

Depuis sa fondation, qui date de près d’un siècle, elle a dans les divers établissements qu’elle possède dans le Morbihan, recueilli, élevé, entretenu gratuitement près de 5000 enfants, orphelines pour la plupart; elle les a formées à la vertu, dotées d’un état qui leur a permis de gagner honorablement leur vie, la durée du séjour de chaque orpheline dans l’établissement variant de 6 à 12 ans.

Bien avant que Ferry* eût inventé l’instruction obligatoire, elle donnait l’enseignement gratuit aux enfants du peuple. Maintenant encore, malgré la laïcisation, plus d’un millier d’enfants reçoivent, toujours au même titre gratuit, l’instruction dans les diverses maisons de l’institut.
* Loi Jules Ferry, 16 juin 1881, sur la gratuité de l’enseignement primaire.


On a dit, pour défendre cette loi, qu’il fallait enfin contraindre les Congrégations à contribuer comme les autres aux dépenses de l’État. Est-il donc vrai que jusqu’au vote de ces lois d’Abonnement et d’Accroissement* les Congrégations échappaient aux impôts que paient les autres contribuables? Non! et ceux qui l’ont prétendu le savent bien. Non seulement la Congrégation a toujours payé et continue à payer les mêmes impôts que nous, mais elle a payé, depuis des années, des impôts qui ne frappent pas les autres citoyens. (…)
* Impôt excessif sur les biens mobiliers et immobiliers qui frappaient particulièrement les Congrégations.

(...) En vertu de cette taxe, les vêtements, les ustensiles de cuisine, les meubles à l’usage des religieuses et des orphelines sont censés rapporter à la Congrégation 5 %. Rien n’échappe à cet impôt, le plus odieux de tous, le lit où elles couchent, les sabots ou les souliers qu’elles portent tout est censé rapporter à la Congrégation 5%. Ajoutez à cette taxe inique 93F,60 de patente et 146 F de droit proportionnel frappant l’atelier des orphelines. (…)  

Une dure réalité : 
           un citoyen paie 100F d’impôt,  un religieux 187F

 

Cette loi viole le principe constitutionnel de l’égalité du citoyen devant l’impôt. En refusant de payer* et en laissant saisir cette prairie qui leur est d’autant plus nécessaire qu’elles ne vivent presque que de laitage et de légumes, les Sœurs de Saint-Louis 

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défendent par le seul moyen en leur pouvoir, l’égalité du citoyen menacée par des classifications arbitraires; 
elles défendent la liberté de conscience menacée par les exactions fiscales; 
elles défendent la propriété du bien honorablement acquis et honorablement employé contre la rapacité de l’État à qui la loi elle-même avait confié le soin d’en assurer à perpétuité la conservation. (RCG)
*  Désobéissance civile : résistance passive de la Congrégation à une loi inique.

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