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Nous remarquons que dès les débuts
de la Bible, Abel offre à Dieu les prémices de son
troupeau
(Gn 4, 3). Nous voyons se renouveler cette offrande avec Abraham
et tous les patriarches.
Lorsque Dieu eut décidé de délivrer
son peuple captif des Égyptiens, il ordonna aux Hébreux
d'immoler par famille un agneau sans tare, mâle, âgé d'un
an (Ex 12, 5), de le manger le soir et de marquer de son sang
les linteaux de leur porte. Grâce à ce «signe», ils seraient
épargnés par l'Ange exterminateur venant frapper tous les
premiers-nés des Égyptiens. C'est encore par le sang de
l'agneau immolé, sang versé sur l'autel et sur le peuple, au
Sinaï, que Dieu conclut une Alliance avec le peuple sorti de
l'esclavage de l'Égypte (Ex 24, 6-8).
Enrichissant le thème
primitif, la tradition juive donna par la suite une valeur
rédemptrice au sang de l'agneau. C'est grâce au sang de
l'agneau pascal que les Hébreux ont été rachetés de
l'esclavage d'Égypte et qu'ils ont pu dès lors devenir nation
consacrée, royaume de prêtres (Ex 19, 6), liés à Dieu
par une alliance et régis par la Loi de Moïse. Persécuté par
ses ennemis, le prophète Jérémie se comparait à un agneau
que l'on mène à l'abattoir (Jr 11, 19)... Cette image fut
ensuite appliquée au Serviteur de Yahweh qui, mourant pour
expier les péchés de son peuple, apparaît comme un agneau
conduit à la boucherie, comme devant les tondeurs une brebis
muette et n'ouvrant pas la bouche
(Is 53, 7). Ce texte,
soulignant l'humilité et la résignation du Serviteur,
annonçait au mieux le destin du Christ, comme l'explique
Philippe à l'eunuque de la reine d'Éthiopie (Ac 8, 31-35).
Il
est possible que Jean-Baptiste s'y réfère aussi lorsque,
d'après le IVe évangile, il désigne Jésus comme l'Agneau
de Dieu qui enlève le péché du monde (1, 29; cf Is
53, 7.12; He 9, 28). Les évangélistes y renvoient lorsqu'ils
soulignent que le Christ se taisait devant les sanhédrites
(Mt 26, 63) et ne répondait rien à Pilate (Jn 19, 9).
La
tradition chrétienne a vu dans le Christ «le véritable agneau» (Préface de la messe de
Pâques). Sa mission
rédemptrice est amplement décrite dans la catéchèse
baptismale qui est sous-jacente à la 1ère épître de Pierre.
Jésus est l'agneau (I P 1, 19; Jn 1,29; Ap 5,6) sans
tare (Ex 12, 5), c'est-à-dire sans péché (I P 1, 19; Jn 8,46;
I Jn 3, 5; He 9,14), qui rachète les hommes au prix de son sang
(I P 1, 18s; Ap 5, 9s; He 9, 12-15). Il les a ainsi délivrés
de la terre (Ap 14,3), du monde mauvais adonné à la
perversion qui découle du culte des idoles (I P 1,14.18; 4,
25), de façon qu'ils puissent désormais éviter le péché (I
P 1, 15s; Jn 1, 29; I Jn 3, 5-9) et former le nouveau royaume
de prêtres, la véritable nation consacrée (I P 2,
9; Ap 5, 9s; cf Ex 19, 6), offrant à Dieu le culte spirituel
d'une vie irréprochable (I P 2, 5; He 9,1 4). Ils ont quitté
les ténèbres du paganisme pour la lumière du royaume de Dieu
(I P 2, 9). C'est là leur exode spirituel.
Cette tradition, qui voit dans le
Christ le véritable Agneau pascal, remonte aux origines mêmes
du christianisme. Paul exhorte les fidèles de Corinthe à vivre
comme des azymes, dans la pureté et la vérité, puisque
notre
pâque, le Christ, a été immolé (I Co 5,7). Il ne propose
pas ici un enseignement nouveau sur le Christ-Agneau, il se
réfère aux traditions liturgiques de la Pâque chrétienne,
bien antérieures donc à 55-57, date à laquelle l'Apôtre
écrivait sa lettre.
Si l'on fait confiance à la chronologie
johannique, l'événement même de la mort du Christ aurait
fourni le fondement de cette tradition. Jésus fut mis à mort
la veille de la fête des Azymes (Jn 18,28; 19,14.31), donc le
jour de la Pâque, dans l'après midi (19,14), à l'heure même
où, selon les prescriptions de la Loi, on immolait au Temple
les agneaux. Après sa mort, on ne lui rompit pas les jambes,
comme aux autres condamnés (19,33), et l'évangéliste voit
dans ce fait la réalisation d'une prescription rituelle
concernant l'agneau pascal (19,36; cf Ex 12,46).
Agneau immolé
et pourtant vainqueur, nous devons alors nous attarder à son
identité et à la symbolique rattachée à sa présence maintes
fois affirmée dans le dernier livre de la Bible, l'Apocalypse.
Par sa mort sur la croix, son sang coula comme celui de l'agneau
de l'Exode. Son sang aura aussi une valeur rédemptrice... il
est l'Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde. Selon la
représentation de l'Apocalypse, le Christ ressuscité devient
alors un Agneau triomphant, un Agneau debout (Ap 5,6).
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